Las Palabras, Pablo Neruda

Las Palabras, Pablo Neruda

mardi 9 décembre 2014

Discussion autour du poème de Carlos Drummond de Andrade, "Morte no avião".

Par Augustin

Entre les lignes, le narrateur chuchote : "je vais mourir..." Ô, mais quel est ce "je" ? L'homme à l'instant où il meurt... celui qui déjà mort ressasse... Fatale semble sa route, la mort est annoncé, il marche vers elle, pris dans l'engrenage (de la vie ? de la narration ?). Le "je" est impersonnel, le ton est neutre, la mort intellectualisé. Le narrateur semble s'élever au-dessus du monde, de la vie, de sa vie. Le temps n'a plus cours sur lui. Les frontières entre vie et mort sont confuses : il est toujours déjà mort. Des espaces de liberté s'ouvrent ! Il y a t-il une morale ? Résignez-vous ! Tout n'est que vanité ! Il y a t-il un propos religieux ?... au travers de cette moral de la mort... Est-il un terroriste ?! car vingt personnes doivent le suivre dans sa destruction. Plus rien ne le surprenant. Il lui faut être clair, il faut que tout soit ordonné : il se prépare à la mort... Et rupture ! de la fin du récit. Le texte s'accélère, se dynamise... et se clôt par de l'ironie.

Quelques oeuvres et auteurs auxquels nous avons pensé :
- American Beauty (et le personnage qui annonce sa mort) ;
- Dostoïevski (et ces formules : "il devrait se souvenir que...") ;
- La Nausée, J.-P. Sartre (et l'importance de la fin) ;

-Pessoa

Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts
qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.

J’éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.

Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon
en son temps ?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même
si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et tout est précis.

On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.
***
Fernando Pessoa (1888-1935) – 7-11-1915 – Traduction d’Armand Guibert

samedi 6 décembre 2014

Séande du 9 décembre: "Sonne et Sonne", L-G. Damas

Texte à lire pour la prochaine séance, mardi 9 décembre, 18h30 en Sorbonne salle F615 (entrée rue Cujas).



SONNE ET SONNE
sonne à mon cœur mariné dans l'alcool
dont nul n'a voulut tâter à table hier
Sonne et Sonne
minuit de clair de lune à trois
dont l'image est à jamais en UNE
FEMME entrevue en l'Ile aux mille et une fleurs
assise au pied des mornes verts
et filaos échevelés

            ALLO ALLO
            Allo Sicy
            Sicy-Chabine
            ICI Limbé

            Veux-tu que nous jouions
            au jeux de notre enfance enjouée
            dis
            veux-tu que nous jouions
            au jeux du baiser-pur
            du baiser-sur-le-front
            du baiser-jamais sur la bouche

SONNE ET SONNE
sonne à mon cœur mariné dans l'alcool
dont nul n'a voulut tâter à table hier
sonne et sonne
minuit de clair de lune à trois
dont l'image est à jamais en UNE
FEMME entrevue en l'Ile aux mille et une fleurs
assise au pied des mornes verts
et filaos échevelés
et flûte de bambou du Pâtre éveillé modulant la
   rengaine en sourdine

            LE BEL ENFANT DE CHOEUR
            tout plein gentil
            tout plein jolie
            tout plein mignon

            Le bel enfant de chœur
            en caramel
            chasuble rouge
            soulier vernis
            qu'il me souvient d'avoir été
            au seuil grandiose
            des reposoirs sur qui pleuvaient
            roses effeuillées
            rose parfumés
            roses d'encens
            miraculées
            immaculées
            matriculées
            à la Fête-Dieu
            des ans passés et trépassés

SONNE ET SONNE
sonne à mon cœur mariné dans l'alcool dont nul n'a
   voulut
tâter à table hier
sonne et sonne
minuit de clair de lune à trois dont l'image est à
   jamais en UNE
FEMME entrevue en l'Ile au mille et une fleurs
assise au pied des mornes verts
et filaos échevelés
et flûte de bambou du Pâtre éveillé modulant la
   rengaine en sourdine
et le bruit court dans les halliers

            BANALITÉ SANS AUCUN DOUTE
            mais avant que de se donner
            entière et belle et noir et drue
            au vétiver du sentier
            qui mène au Morne-à-Cases
            où pleure dans la nuit
            une flûte de bambou
            la Fille à la Calebasse d'indifférence
            implora par trois fois
            Seigneu
                         Jézi
                                la Viège Marhi
                                          Joseph

SONNE ET SONNE
sonne à mon cœur mariné dans l'alcool
dont nul n'a voulut
tâter à table hier
sonne et sonne
minuit de clair de lune à trois
dont l'image est à jamais en UNE
FEMME entrevue à l'Ile aux mille et une fleurs
assise au pied des mornes verts
et filaos échevelés
et flûte de bambou du Pâtre éveillé modulant la
   rengaine en sourdine
et le bruit court dans les halliers
et ma voix clame en Exil

            CESSE OU JE RACCROCHE
            je ne joue plus
            je dis tout
            et je dis

            Ce n'était pas lui
            ce n'était pas celle
            qui seul eût pu
            vous parler de lui

            Ce n'était pas elle
            ce n'était pas lui
            ce n'était que moi
            à l'autre bout du monde
            au bout de l'appel
            tout au bout du fil
            au bout de l'angoisse
            au bout de l'attente
            à bout de désir

            Cesse ou je raccroche
            je ne joue plus
            je dis tout
            et je dis
            mon dernier vers

            La nuit dernière
            au beau mitan du Ciel
            des Iles
            un soleil rouge de feu rouge à brûler vif
            des torses et torses et torses et torses nus
            des bacouas
            des bacouas des bacouas en bataille
            des pantalons au trois quarts retroussés
            des coutelas flambants neufs
            au lieu de belles cannes
            coupaient
            coupaient des théories de têtes
            de têtes
            de têtes
            de têtes blondes
                           comme la vôtre
                                         mon bel amour

            Cesse ou je raccroche
            je ne joue plus à vous
            je dis tout
            et je dis

            Je ne sais
            si tu sais
            que tu m'aimes
            si tu sais
            que je sais
            que tu sais
            que je t'aime
           
SONNE ET SONNE
sonne à mon cœur mariné dans l'alcool
dont nul n'a voulut tâter à table hier
sonne et sonne
minuit de clair de lune à trois
dont l'image est à jamais en UNE
FEMME entrevue en l'Ile au mille et une fleurs
assise au pied des mornes verts
et filaos échevelés
et flûte de bambou du Pâtre éveillé modulant la
   rengaine en sourdine
et le bruit cour dans les halliers


et ma voix clame en Exil
et l'Exile chante à deux voix
[…]


L.-G. DAMAS, in Black-Label, II, éd. Gallimard.

Séance du 2 décembre: "Morte no avião", Carlos Drummond de Andrade

"Morte no avião"

Acordo para a morte.
Barbeio-me, visto-me, calço-me.
É meu último dia: um dia
cortado de nenhum pressentimento.
Tudo funciona como sempre.
Saio para a rua. Vou morrer.
Não morrerei agora. Um dia
inteiro se desata à minha frente.
Um dia como é longo. Quantos passos
na rua, que atravesso. E quantas coisas
no tempo, acumuladas. Sem reparar,
sigo meu caminho. Muitas faces
comprimem-se no caderno de notas.
Visito o banco. Para que
esse dinheiro azul se algumas horas
mais, vem a polícia retirá-lo
do que foi meu peito e está aberto?
Mas não me vejo cortado e ensangüentado.
Estou limpo, claro, nítido, estival.
Não obstante caminho para a morte.
Passo nos escritórios. Nos espelhos,
nas mãos que apertam, nos olhos míopes, nas bocas
que sorriem ou simplesmente falam eu desfilo.
Não me despeço, de nada sei, não temo:
a morte dissimula
seu bafo e sua tática.


Almoço. Para quê? Almoço um peixe em outro e creme.
É meu último peixe em meu último
garfo. A boca distingue, escolhe, julga,
absorve. Passa música no doce, um arrepio
de violino ou vento, não sei. Não é a morte.
É o sol. Os bondes cheios. O trabalho.
Estou na cidade grande e sou um homem
na engrenagem. Tenho pressa. Vou morrer.
Peço passagem aos lentos. Não olho os cafés
que retinem xícaras e anedotas,
como não olho o muro de velho hospital em sombra.
Nem os cartazes. Tenho pressa. Compro um jornal. É pressa,
embora vá morrer.


O dia na sua metade já rota não me avisa
que começo também a acabar. Estou cansado.
Queria dormir, mas os preparativos. O telefone.
A fatura. A carta. Faço mil coisas
que criarão outras mil, aqui, além, nos Estados Unidos.
Comprometo-me ao extremo, combino encontros
a que nunca irei, prununcio palavras vãs,
minto dizendo: até amanhã. Pois não haverá.
Declino a tarde, minha cabeça dói, defendo-me,
a mão estende um comprimido: a água
afoga a menos que dor, a mosca,
o zumbido... Disso não morrerei: a morte engana,
como um jogador de futebol a morte engana,
como os caixeiros escolhe
meticulosa, entre doenças e desastres.


Ainda não é a morte, é a sombra
sobre edifícios fatigados, pausa
entre duas corridas. Desfale o comércio de atacado,
vão repousar os engenheiros, os funcionários, os pedreiros.
Mas continuam vigilantes os motoristas, os garçons,
mil outras profissões noturnas. A cidade
muda de mão, num golpe.


Volto à casa. De novo me limpo.
Que os cabelos se apresentem ordenados
e as unhas não lembrem a antiga criança rebelde.
A roupa sem pó. A mala sintética.
Fecho meu quarto. Fecho minha vida.
O elevador me fecha. Estou sereno.


Pela última vez miro a cidade.
Ainda posso decidir, adiar a morte,
não tomar esse carro. Não seguir para.
Posso voltar, dizer: amigos,
esqueci um papel, não há viagem,
ir ao cassino, ler um livro.


Mas tomo o carro. Indico o lugar
onde algo espera. O campo. Refletores.
Passo entre mármores, vidro, aço cromado.
Subo uma escada. Curvo-me. Penetro
no interior da morte.


A morte dispôs poltronas para o conforto
da espera. Aqui se encontram
os que vão morrer e não sabem.
Jornais, café, chicletes, algodão para o ouvido,
pequenos serviços cercam de delicadeza
nossos corpos amarrados.
Vamos morrer, já não é apenas
meu fim particular e limitado,
somos vinte a ser destruídos,
morreremos vinte,
vinte nos espatifaremos, é agora.


Ou quase. Primeiro a morte particular,
restrita, silenciosa, do indivíduo.
Morro secretamente e sem dor,
para viver apenas como pedaço de vinte,
e me incorporo todos os pedaços
dos que igualmente vão parecendo calados.
Somos um em vinte, ramalhete
dos sopros robustos prestes a desfazer-se.


E pairamos,
frigidamente pairamos sobre os negócios
e os amores da região.
Ruas de brinquedo se desmancham,
luzes se abafam; apenas
colchão de nuvens, morres se dissolvem,
apenas
um tubo de frio roça meus ouvidos,
um tubo que se obtura: e dentro
da caixa iluminada e tépida vivemos
em conforto e solidão e calma e nada.


Vivo
meu instante final e é como
se vivesse há muitos anos
antes e depois de hoje,
uma contínua vida irrefrável,
onde não houvesse pausas, sonos,
tão macia na noite é esta máquina e tão facilmente ela corta
blocos cade vaz maiores de ar.
Sou vinte na máquina
que suavemente respira,
entre placas estelares e remotos sopros de terra,
sinto-me natural a milhares de metro de altura,
nem ave nem mito,
guardo consciência de meus poderes,
e sem mistificação eu vôo,
sou um corpo voante e conservo bolsos, relógios, unhas,
ligado à terra pela memória e pelo costume dos músculos,
carne em breve explodindo.


Ó brancura, serenidade sob a violência
da morte sem aviso prévio,
cautelosa, não obstante irreprimível aproximação de um perigo atmosférico
golpe vibrado no ar, lâmina de vento
no pescoço, raio
choque estrondo fulguração
rolamos pulverizados
caio verticalmente e me transformo em notícia.

Carlos Drummond de Andrade
in A Rosa do Povo (1945)

Texte en français

"Mort en avion"





vendredi 21 novembre 2014

Séance mardi 25 18h30

Prochaine séance mardi 25 18h30 salle F615, comme d'habitude 
Le texte est un extrait de la conclusion de "les morts" de Joyce.
ici vous avez les link de l'ebook de "gens de dublin". Le récit est le dernier du recueil.

http://www.ebooksgratuits.com/html/joyce_gens_de_dublin.html#_Toc157673430

https://www.youtube.com/watch?v=z6FGIaWaQxA


Elle dormait à poings fermés.

Gabriel, appuyé sur son coude, regarda quelques temps sans rancœur ses cheveux emmêlés et sa bouche entrouverte, tout en l’écoutant respirer profondément. Ainsi elle avait eu cette aventure dans sa vie : un homme était mort pour elle. Considérer quel pauvre rôle il avait, lui, son mari, joué dans sa vie, ne le peinait plus que peu maintenant. Il la regarda dormir, comme si elle et lui n’avaient jamais été mari et femme. Ses yeux s’attardèrent avec curiosité sur son visage et ses cheveux : et, comme il pensait à celle qu’elle avait certainement été alors, à l’époque de sa première beauté de jeune fille, une étrange et amicale pitié pour elle pénétra son âme. Il n’aimait pas avouer, fut-ce à lui-même, que son visage n’était plus beau, mais il savait que ce n’était plus le visage pour lequel Michael Furey avait défié la mort.

Peut-être ne lui avait-elle pas raconté toute l’histoire. Ses yeux se portèrent sur la chaise où elle avait jeté certains de ses vêtements. Le cordon d’un jupon pendait vers le sol. Une bottine se tenait droite, sa partie supérieure tombant mollement vers le bas : sa compagne reposait à ses côtés. Il était étonné par le torrent d’émotions qui l’avait emporté tout à l’heure. Quelle en était la source ? Le souper chez sa tante, son discours imbécile, le vin et la danse, le fou rire lors des adieux dans le hall, le plaisir de la marche dans la neige le long du fleuve ? Pauvre tante Julia ! Elle aussi, bientôt, serait une ombre aux côtés des ombres de Patrick Morkan et de son cheval. Il avait aperçu sur son visage un regard éperdu pendant qu’elle chantait Arrayed for the Bridal[1]. Bientôt, peut-être, il serait assis dans ce même séjour, vêtu de noir, son chapeau de soie sur les genoux. Les stores seraient baissés et tante Kate serait assise à côté de lui, pleurant et se mouchant et lui racontant comment exactement Julia était morte. Il chercherait désespérément en lui quelques mots de consolation, mais n’en trouverait que d’inutiles et boiteux. Oui, oui : cela arriverait très bientôt.

L’air frais de la chambre le fit tressaillir. Il se glissa sous les couvertures et s’allongea à côté de sa femme. Un par un, tous devenaient des ombres. Plutôt passer hardiment dans cet autre monde, dans la gloire sans tache de quelque passion, que flétrir et dépérir misérablement avec l’âge. Il pensa à la façon dont la femme couchée près de lui avait gardé enfermée dans son cœur pendant tant d’années l’image des yeux de son amant lui disant qu’il ne souhaitait pas vivre.

Des larmes généreuses emplirent les yeux de Gabriel.

Il n’avait lui-même jamais éprouvé rien de tel à l’égard d’une femme, mais il savait qu’un tel sentiment devait être l’amour. Ses larmes se firent plus abondantes, et dans la pénombre il crut voir la forme d’un jeune homme sous un arbre ruisselant. D’autres formes étaient à proximité. Son âme avait atteint ce lieu où demeure la multitude innombrable des morts. Il était conscient de leur existence capricieuse et intermittente, mais il ne pouvait la comprendre. Sa propre identité s’estompait dans un monde intangible et gris : le monde solide lui-même, que ces morts avaient un jour bâti et habité, se dissolvait et se résorbait.

Quelques reflets sur les carreaux le firent se tourner vers la fenêtre. De nouveau il neigeait. Les yeux lourds, il regarda tomber les flocons, argentés et sombres, contre le réverbère. Le moment était venu pour lui de commencer son voyage vers l’ouest. Oui, les journaux avaient raison : l’Irlande entière était recouverte de neige. Elle tombait en tous points de la sombre plaine centrale, sur les collines sans arbres, doucement sur le marais d’Allen et, plus à l’ouest, doucement sur les vagues sombres et rebelles de Shannon[2]. Elle tombait, de même, en tous points du cimetière solitaire sur la colline où reposait Michael Furey. Elle reposait en couches épaisses sur les croix déformées et les pierres tombales, sur les piques de la petite barrière et sur les épines stériles. Son âme lentement s’évanouissait comme il entendait la neige tomber délicatement sur l’univers et délicatement tomber, comme à la venue de la dernière heure, sur tous les vivants et les morts.

[1] Parée pour la noce. Cet air est extrait de I Puritani di Scozia de Bellini.

[2] Le Bog of Allen se trouve à quelques dizaines de kilomètres au sud-ouest de Dublin. Quant au fleuve Shannon, dont le lit est parfois très large, il contourne par le sud-est le comté de Galway, avant de se jeter dans l’océan Atlantique.

vendredi 14 novembre 2014

Discussion autour de l'extrait de "les Villes invisibles" de Italo Calvino


Merci à Federico pour ce compte rendu!



Marco Polo et Kublai Khan

Marco Polo et Kublai Khan sont deux personnages complémentaires : Kublai est un empereur tout puissant qui a cependant besoin de Marco pour connaître son empire. Il a le pouvoir et tient entre ses mains un atlas qui lui indique les donnés objectifs concernant chaque ville, mais il n’en a aucune connaissance directe. De même, Marco sait qu’il trouvera un interlocuteur attentif, que ses entreprises trouveront des oreilles curieuses pour les écouter. Kublai a son acteur et Marco son public.

Le Khan représente l’idée de la connaissance comme conquête et accumulation. Cet homme est un guerrier, un conquéreur, pour lequel connaître est équivalent à posséder du savoir.

L’atmosphère du texte est onirique, comme dans les « milles et une nuits ». Calvino utilise des termes rares et insolites (pantomime, logogriphes,) et des images exotiques et éparpillées (le poisson et le cormoran, l’homme qui traverse le feu) pour créer une atmosphère suspendue entre le rêve et la veille.

Ce texte est représentatif du problème de la communicabilité. Bien qu’elles aient un pouvoir évocateur, les pantomimes du vénitien ne dissolvent pas l’incertitude de la communication. Même quand Marco apprend la langue tartare, ce qui lui permet de préciser ses récits et détailler ses descriptions, il y a toujours un « quelque chose » qui échappe. La profusion de détails ne garantit pas l’interprétation unique.
La communication, puisqu’elle ne peut pas se construire d’abord par la parole, se décline en plusieurs formes : montrer des objets, expression théâtrale, rebus.
Dans ce texte la communication se construit, paradoxalement, aussi par le silence. Le dialogue est un jeu de parole et de pauses, tout comme dans le jeu de l’acteur.
L’image de la pantomime elle-même est représentative de ce jeu : le mime, plus que tout autre forme d’expression dramatique, se construit entre expressivité, action et silence.

Le voyage est à la fois le voyage réel de Marco dans l’empire mais aussi le voyage imaginaire et silencieux de la pensée du Khan. Voyager c’est s’avancer dans l’invisible et le véritable voyage commence quand le récit se termine, face au non-dit. La divagation (di-vagare) est une errance.

Présence de l’idée de jeu : le jeu devient le sens et l’essence même de la vie. Calvino nous le montre en introduisant plusieurs images comme le rebus, le jeu d’échec et les pantomimes. La farce de Marco est ce qui donne sens à ses expériences et au récit. L’échange qui se construit entre les deux personnages est un jeu symbolique de questionnement et réponse.

Texte qui met en lumière la relation entre signifiant et signifié, entre l’objet et son symbole. Est-ce que le signe correspond à ce qu’il désigne ? Faut-il rechercher une correspondance objective entre les deux ? Calvino semble suggérer qu’il est beaucoup plus intéressant de se plonger dans la richesse interprétative d’un signe. Un simple signe, s’il n’est pas immédiatement ramené à son objet, peut être le point d’élan vers les plus belles chimères.
L’image que la seule évocation d’un signe engendre a une valeur en soi, au delà de ce qu’elle pourrait représenter.
Le phantasme est plus puissant que l’objet, c’est pourquoi dans la mémoire du Khan restent d’abord les récits de Marco et ses gestes qui étaient des signes d’objets imaginaires construits par la fantaisie du Khan. 

Le célèbre tableau de Magritte.
Quel lien y a-t-il entre l'objet, le mot et l'image?

lundi 10 novembre 2014

Séance 5: extraits de "les Villes invisibles" de Italo Calvino


Demain (mardi 11) de 18h30 à 20h00 aura lieu la 4ème séance de lecture de Paroles, avec des extraits de Italo Calvino. Rdv à 18h30 Place de la Sorbonne!
Vous êtes tous bienvenus!





vendredi 7 novembre 2014

4e édition du festival Paris en toutes lettres

Cette année c'est la 4e édition du festival littéraire de la ville de Paris: Paris en toutes lettres. Conférences, lectures musicales, concerts, bals littéraires...

http://www.maisondelapoesieparis.com/…/festival-paris-en-t…/